Salut Virgile,
Je ne sais pas, il y a un faisceau de présomptions qui invalident l'hypothèse. D'abord il n'y a pas que la présence de la bergère dans le tableau
Il rapporte une trouvaille d'un critique d'art Robert Gavelle qui aurait :
"rapproché cette inscription (Et in Arcadia ego) de celle qui figure sur une gravure allemande du XVIe siècle due à Aldegroven et représentant « le roi de la nouvelle Sion détrôner après avoir voulu restaurer l'Âge d'Or ».
avec note de bas de page : Robert Gavelle. Bulletin de la société d'étude du XVIIe siècle. N° 19. 1953.
Robert Gavelle était un archéologue Responsable bénévole du Musée de Saint-Bertrand-de-Comminges. Et le graveur allemand du XVIe siècle ne peut être que Heinrich Aldegrever (ou Aldegraver), qui fit le portrait de l'illuminé Jan Bockelson, dit Jean de Leyde, qui s'était proclamé « roi de Sion », Nulle mention de la devise, si importante pour P. P qu'il la fît sienne !
Je me suis procuré la revue en question dont je reproduis l'article in extenso pour les amateurs :
***** 1 /2 ****ET IN ARCADIA EGO
RIEN de ce qui concerne les BERGERS d’ARCADIE de Poussin ne peut nous laisser indifférents: aussi éloignée de la « solitude » que de la confusion, héritière de l’humanisme d’Alberti et préfigure de David ou de Puvis de Chavannes, une telle composition est un instant solennel du classicisme.
L’inscription concise qui la motive a inspiré, ces dernières années, d’assez chaudes discussions résumées par M. Weisbach dans la Gazette des Beaux-Arts de décembre 1937.
Plusieurs faits essentiels se dégagent de cette étude :
I. - La phrase ET IN ARCADIA EGO nous apparaît pour la première fois dans un tableau du Guerchin conservé à la Galleria Nazionale de Rome, elle y est gravée sur un bloc de maçonnerie et commente un crâne que deux bergers contemplent, appuyés sur leurs bâtons; on la retrouve ensuite, vers 1620-1630, dans une première version du tableau de Poussin recueillie par la Collection du Duc de Devonshire a Chatsworth ; elle se lit enfin au centre du célèbre tableau du Louvre; son origine est oubliée, « tout donne à croire que c’était là, à l’époque, un dicton très connu, dont nous ignorons la source », cette source n’est pas antique, elle devrait être recherchée, sans doute, dans la littérature humaniste néo-latine et pourrait être contemporaine des peintres.
II. - Le sens de la phrase ET IN ARCADIA EGO est incertain.« L’interprétation qu’on (en) a donné généralement, au cours des temps » est la suivante : « Moi aussi, j’ai vécu en Arcadie, et j’y ai connu le bonheur »; « elle se trouve chez Goethe, Schiller, Nietszche, pour ne citer que quelques grands noms », mais elle est déjà, à peu de choses prés celle du biographe et ami de Poussin, Felibien, qui écrit: « Par cette inscription on a voulu marquer que celui qui est dans cette sépulture a vécu en Arcadie, et que la mort se rencontre parmi les plus grandes félicités ».
Mais, M. Erwin Panofsky, dans Philosophy and History essays presented to Ernest Cassirer, Oxford, 1936, rompt avec la tradition, « le mot ET ne peut se rapporter qu’a IN ARCADIA et non point à EGO. Si l’on veut commenter correctement le
tableau du Guerchin, il faut suppléer le verbe SUM et donner pour sujet a ce JE SUIS, le crâne qui symbolise la Mort abstraite », on doit donc lire: « Moi, la Mort, j’existe même en Arcadie ». Cette lecture serait également valable pour la première version de Poussin, qui expose un crâne sur son sarcophage. Pour le tableau du Louvre, dont le monument est d’une entière nudité, le sens devrait être un peu modifié : « ce serait le tombeau lui-même qui parlerait »: une telle interprétation que M. Panofsky a maintenue, défendue et précisée en réponse à M. Weisbach dans le numéro de mai-juin 1938 de la Gazette des Beaux-Arts, serait confirmée par la paraphrase de Bellori: « Et in Arcadia ego, cioé che il sepolcro si trova ancora in Arcadia, e ché la Morte ha luogo in mezzo le felicita. »
Enfin, M. Weisbach propose une troisième lecture : le mot ET se rapporterait à IN ARCADIA comme le pense M. Panofsky, mais c’est bien le mort qui parlerait et proclamerait : « Même en Arcadie, j’ai dû souffrir la mort », c’est-à-dire: « Même en
Arcadie le pays du bonheur, moi, le mort, je n’ai pas été épargné par la Mort » ou plus explicitement encore: « Moi aussi,qui ai joui du bonheur en Arcadie, j’ai dû subir la mort, et je gis dans ce tombeau ».