Aronnax a écrit : ↑13 mars 2021, 18:37
Bonsoir à tous
La présence d’une grosse abeille sur le crâne figurant sur le tombeau peint par Guercino ne laisse pas d’interroger.
Si l’insecte peut être considéré comme la signature du commanditaire du tableau... hypothèse me semblant valable, sa forte empreinte symbolique ne saurait-être dissociée du contexte funéraire arcadien évoqué par Guercino.
Virgile, qui semblait fort s’intéresser à l’apiculture, indique, dans le livre IV des Géorgiques, que les abeilles naissent parfois à partir du cadavre d’un bovin putréfié. C’était une croyance répandue dans l’Antiquité et elle porte le nom de « bougonie ».
Mieux encore, le poète celto-romain précise que c’est d’Arcadie que la « méthode » provient :
Vers 281 :
« il est temps d'exposer la mémorable découverte du maître d'Arcadie, et d'expliquer comment le sang corrompu de jeunes taureaux immolés a souvent produit des abeilles »
La portée symbolique, voire religieuse, de cette croyance me paraît intéressante à mettre en exergue dans le cadre de cette toute première version des Bergers d’Arcadie, d’autant que c’est dans cette oeuvre de Giovanni Francesco Barbieri qu’apparaît
pour la première fois la phrase « Et in Arcadia ego ».
En effet, si l’abeille fut très tôt symbole de résurrection, ainsi que le signale Louis Charbonneau-Lassay dans son « Bestiaire du Christ », le vers 220 de la IV Géorgique indique :
« on a dit que les abeilles avaient une parcelle de la divine intelligence et des émanations éthérées »
Détentrice d’une parcelle de divinité, symbole d’immortalité, l’abeille possède un fort pouvoir d’évocation qui pourrait fort bien expliquer sa présence sur des représentations funéraires en général... et sur le "tableau fondateur" de Guercino en particulier. Pourquoi pas l’âme immortelle (puisque divine) s’envolant de la chair corrompue ?
Le cycle mort / naissance (ou renaissance) déterminé par le concept de palingénésie prenant là toute son importance.
D’ailleurs, coïncidence heureuse, une tête de taureau et des abeilles d’or furent trouvées, en 1653 à Tournai, dans le tombeau du roi Franc Childéric... le premier des
Mérovingiens « attesté ».
Ne dit-on pas, quelque part, que les Francs Saliens descendaient des Arcadiens ?