Il y a le Nostradamus de ceux qui étudient les textes dans le contexte de son temps (lettres et témoignages divers) et celui, qui depuis son époque jusqu'à nos jours, est utilisé à des fins inavouables. Cela a commencé par l'ajout de quatrains autant par les catholiques que par les protestants, quant aux ésotéristes de tout poil...
Ses activités relevaient de la "pharmaceutrie" (mélange de "receptes" et de magie) destinée autant à lutter contre les "fièvres pestilentielles" et la lèpre ! qu'à l'élaboration de philtres d'amour et autres "fardements", il s'adonnait aussi à l'alchimie. Sa renommée parvient jusqu'aux princes, et quand il revêt l'habit de l'astrologue on s'arrache dans toute l'Europe ses horoscopes et ses almanachs. En 1555, il publie alors ses "Prophéties" composées de centuries en quatrain. Il n'y a que deux éditions de conservées, celle retrouvée en 1983 à la bibliothèque d'Albi et celle de la bibliothèque nationale d'Autriche. Elles ont été écrites dans un mixte de français, latin, italien et provençal.
Une seizièmiste, Mireille Huchon, éditrice des œuvres complètes de Rabelais en Pléiade, vient de publier son Nostradamus (Gallimard) suite à la découverte récente de documents, dont un manuscrit : "Recueil des présages prosaïques de M. Michel de Nostredame" qui "avait été conservé dans des collections privées depuis le XVIIe siècle", et qui collige "des prédictions de vingt-sept almanachs, pronostications et présages publiés par Nostradamus pour les années 1550 à 1557, soit un ensemble de plus de six mille présages en prose et de cent cinquante-quatre quatrains."
Une présentation de cet ouvrage prétend, non sans humour, que " il faut un long travail à un expert en herméneutique, en lexicographie, en histoire, en religion, en art, pour retrouver le sens de quelque allusion sibylline - aussi long qu'est court le moment où l'esprit crédule y entend ce qu'il souhaite entendre."
À bon entendeur, salut.