Bonjour à tous,
Salut Aronnax
Aronnax a écrit : ↑20 sept. 2025, 09:54
[...] il me semble que toute la forgerie fulcanellienne n'est basée que sur l'interprétation hermétique de supports architecturauxx totalement étrangers à la démarche initiale.
Une sorte d'expression symbolique et métaphorique, avec le langage alchimique idoine, d'éléments matériels - certes chargés de sens - mais toutefois complètement dénués de la signification que les auteurs veulent leur attribuer. Ludibrium ? Support d'un enseignement à vocation initiatique ? Les deux ??
Euh ! Non.
La forgerie fulcanellienne s'inscrit au contraire dans une "tradition"
basée sur l'interprétation hermétique de supports architecturaux, ce qui précisément la rend redoutable !
L'alchimie en tant que "science" de la transmutations des métaux remonte peut-être à des temps immémoriaux, mais...
Un langage figuré, un arrière-plan empreint de religiosité, l'évocation de grands ancêtres mythiques (Ostanès, Agatodemon, Hermès Trismégiste et bien d'autres, concourent à inscrire l'alchimie dans le vaste contexte néoplatonicien qui est celui de philosophes célèbres de la même époque comme Porphyre, Jamblique ou Proclus (IIIe, IVe et V siècles). on ne saurait en conclure (comme on l’a fait parfois) que l’alchimie fut, par exemple, une sorte de religion a mystères : elle en emprunta simplement quelques apparences.
L’alchimie grecque se développe, en Egypte d’abord, puis dans le monde byzantin, jusqu’au XIe siècle et au-delà. Parallèlement, des le VIIIe siècle, les textes alchimiques grecs commencent à être traduits en arabe. Prospère alors, jusqu’au XIVe siècle (et encore bien plus tard) une alchimie arabe.
Entre-temps, l’Occident latin (où le grec n’est plus cultivé que de façon sporadique) ignore tout de l’alchimie, jusqu'à ce que des traités d’alchimie arabe commencent a être traduits en latin dans le cadre du grand mouvement de transmission de la science arabe au monde latin qui caractérise le XIIe et le XIIIe siècle: c’est ainsi que l'alchimie fait son entrée dans l’Occident chrétien. Aristote n’ayant pas laissé de traité sur les minéraux, l'alchimie sera des lors souvent utilisée pour combler cette lacune, notamment par Alfred l’Anglais (vers 1160), Albert le Grand (vers 1200-1280) et Roger Bacon (1214-1294).
L'alchimie telle qu’elle se dessine alors dans l’Occident est tout d’abord une alchimie transmutatoire, c’est-à-dire que son but est de changer les métaux en or (transmutare signifie << transformer»)...
(Didier Kahn - Le Fixe et le Volatil - Chimie et alchimie de Paracelse à Lavoisier)
C'est ainsi que l'alchimie à partir du XVIe siècle, en tant que "philosophie naturelle", acquiert ses lettres de noblesse en Occident en n'étant plus un "art mécanique", une pratique dépourvue de théorie.
Les textes fulcanelliens prétendent s'inscrire dans la "tradition", où à partir des "arches" d'un pseudo-Flamel , en passant par l'étude des "portaux de Notre-Dame" par "un gentilhomme chartrain", puis par celle des "tableaux" à l'intérieur de la cathédrale, on en vient à considérer le monument tout entier comme expression de symboles alchimiques ! Pourquoi pas, si le message était resté cohérent !
Mais le problème auquel je faisais allusion, c'est que ces textes signés Fulcanelli sont des bricolages basés sur des mélanges d'alchimie transmutatoire qui affectent de paraître "philosophiques", en "arrangeant" même des citations d'adeptes ! Le "détournement" est considérable, Coton-Alvart, disciple de Dujols, fulminait devant la publication du Mystère des Cathédrales, et dans les éditions suivantes on trouve même dans ce bouquin un texte arrangé de J. B. (La Croix cyclique d'Hendaye) publié dans la revue de Maryse Choisy !
Après le décès de Dujols et de Champagne, les mystifications autour du T.H.L, des Frères d'Héliopolis et des affabulations de Canseliet, ont été soigneusement entretenues par le "milieu" au mépris de la formation de la "jeunesse studieuse". Je préfère les "dossiers Lobineau".
