Re: Café de Rennes le Chateau:
Posté : 22 juin 2025, 18:39
« Soufrez » cher ami que je préfèrasse la version écossaise du vocable : secret.A la fin du catéchisme proprement dit, on nous apprend que « par tradition et aussi par référence à l’Ecriture »,
« Sem, Cham et Japhet eurent à se rendre sur la tombe de leur père Noé pour essayer d’y découvrir quelque chose à son sujet qui les guiderait vers le puissant secret que détenait ce fameux prédicateur. »
Suivent alors trois récits distincts, trois légendes qu’il convient d’examiner en détail.
[...]
On mesure sans peine l’importance considérable et l’intérêt majeur des trois récits. Soulignons-en simplement les points essentiels.
Le premier récit du Ms Graham est aussi le premier texte de l’histoire maçonnique qui décrive un rite de relèvement d’un cadavre associé aux Cinq Points du Compagnonnage, attestés pour leur part dès 1696 dans les textes écossais sans aucun lien avec un tel rite, soulignons-le. Le but est de tenter de retrouver un secret – dont on ne sait à quoi il tient – qui a été perdu par la mort de son détenteur. On y associe un jeu de mots probable avec « Marrow in the Bone », évoquant assez clairement une expression en M.B. Il est évident que cela est lié « au nom qui est encore connu de la Franc-Maçonnerie de nos jours », lequel apparaît bien comme un secret de substitution. La particularité la plus remarquable est qu’on ne voit ici aucun lien avec l’art de la maçonnerie, et surtout que le personnage central n’est pas Hiram, mais Noé – dont la mort n’a pas été violente…
Le second récit nous dépeint la personnalité de Betsaléel, possesseur de secrets merveilleux liés au Métier, qui seront communiqués seulement à deux princes. Le point important nous semble ici l’épitaphe, évoquant « le cœur qui sut garder tous les secrets, la langue qui ne les a jamais révélés ». Ce thème, notons-le, est bien absent de la première légende.
Enfin le troisième récit met en scène Hiram, « surveillant le plus sage de la terre », et qui contrôlait probablement la transmission aux bons ouvriers du « signe »qui donnait droit à la paye des « maçons ». Notons surtout qu’ici les secrets sont et demeurent bien gardés, qu’Hiram achève le Temple et qu’il ne meurt pas de mort violente !
La simple lecture de ces trois récits impose une constatation immédiate : leur superposition nous donne presque intégralement, en substance, la légende d’Hiram telle que la rapporte pour la première fois Prichard en 1730. L’innovation majeure est qu’Hiram – dont le rôle, honorable mais modeste, dans le Ms Graham, est conforme au peu qu’on dit de lui dans tous les Anciens Devoirs –, y est alors substitué à Noé dans le rite du relèvement. C’est Hiram encore, et non plus Betsaléel, à qui désormais appartiennent « le cœur qui sut garder tous les secrets, la langue qui ne les a jamais révélés » – mais la troisième légende du Ms Graham n’indique-t-elle pas qu’Hiram avait reçu une inspiration divine comme « le saint Betsaléel » ?
Retenons pour l’instant que le caractère composite du personnage d’Hiram Abif de la légende du troisième grade apparaît ici sans équivoque. La légende d’Hiram, à quelque source d’inspiration plus ou moins antique qu’on puisse ou veuille la rattacher est, sans plus aucun doute possible, une synthèse tardive de plusieurs récits légendaires dont l’ancienneté ne nous est du reste pas connue. La légende des trois fils de Noé, compte tenu du rôle que joue ce personnage dans l’histoire traditionnelle du Métier des Anciens Devoirs, de même que la version de la vie d’Hiram rapportée dans le Ms Graham, sont tellement conformes aux plus vieux textes de la tradition maçonnique anglaise, qu’on peut fortement suggérer, sans naturellement pouvoir l’affirmer, qu’elles faisaient sans doute partie d’un légendaire assez ancien, propre au Métier.
Quoi qu’il en soit, il est établi qu’en 1726 – année qui suivit celle où, pour la première fois dans les annales de la franc-maçonnerie, nous avons la preuve documentaire de réceptions à un troisième grade à Londres – un texte maçonnique nous montre donc que cette synthèse, si elle avait déjà été effectuée, n’était même pas encore connue de tous...
