grominet a écrit : ↑09 juil. 2021, 20:46 "...la relative ouverture d’esprit que l’on peut trouver en Languedoc, représentée par une culture profane élaborée, des structures de sociabilité développées et une grande facilité dans les échanges, va constituer le terreau du développement du catharisme..."
http://les-femmes-dans-lhistoire.over-b ... 14785.html
Une autre vision sur ce qu'on appelle le Catharisme ...
Un havre de paix, de tolérance, de raffinement culturel et poétique, en somme une terre de lait et de
miel, voilà la description courante de Toulouse et de sa région au XIIIe siècle, faite aussi bien par
les revues de vulgarisation historique que par certains livres prétendument scientifiques. Une
harmonie brisée par le fracas des armes et des lances portées par les soldats du Nord venus mettre
un terme à la liberté de pensée, pour imposer l’ordre moral de la croix.
Le pape Innocent III, furieux de voir se développer une doctrine contraire au christianisme, a lancé
la croisade pour mettre au pas les déviants, avec l’appui des puissants, c’est-à-dire du roi de France
et des barons nordistes ; l’alliance des puissants contre les faibles (les villes libres du Sud) pour
étouffer la liberté de pensée et imposer une chape de plomb.
Face à sa propre histoire, la France a encore du mal à sortir des schémas simplistes et des
combinaisons binaires
Qu’en est-il alors réellement du catharisme, de son implantation dans le sud et de sa répression ? At-
il été si populaire ? Est-il l’espace de liberté loué ? Reprenons donc le chemin des cathares pour
explorer la réalité de ce mythe.
I/ Les manichéens, une fausse hérésie et une vraie religion
Une mise au point s’impose : le terme cathare n’est pas d’époque, il est récent
D’entrée de jeu, une mise au point s’impose : le terme cathare n’est pas d’époque, il est récent.
Comme ces meubles contemporains qui imitent l’ancien et que l’on patine pour leur donner une
tonalité authentique, cathare est un terme qui sonne bien, qui pourrait être vrai, mais qui est un
néologisme créé pour désigner une autre réalité.
Les cathares, dans les documents d’époque, sont désignés comme les manichéens, les hérétiques,
mais ni le terme cathare ni celui d’albigeois n’apparaissent dans les textes. Il est vrai que c’est un
mot très commode, car il désigne immédiatement un groupe bien précis : les hérétiques de la région
toulousaine au XIIe -XIVe siècle. Manichéen est un terme beaucoup plus vaste et donc plus flou, car
il englobe aussi bien les Perses de Manès que les différents courants de pensée européens qui s’y
rattachent. En dépit de cette approximation, le terme manichéen est plus juste dans le sens où il
définit mieux ce qu’est ce mouvement impalpable et mouvant que l’on nomme cathare, aussi bien
par tradition que par commodité. Nous nous en tiendrons donc à ce terme en bannissant celui de
cathare.
Les manichéens toulousains n’ont rien d’original. Issus d’un évangélisme fondamentaliste teinté de
dualisme, ils ne croient pas en un dieu bon, créateur de toutes choses. Pour eux, il y a un principe
mauvais – le Mal – et un principe bon –un bon dieu.
Le monde a été créé par le Malin. Par conséquent, l’Évangile ne s’applique pas ici-bas, il n’y a que
le ciel qui appartienne au dieu bon. Les choses visibles et matérielles ont été créées par Satan, il faut
donc s’en détacher. Dans leur principe, les manichéens imposent donc le rejet du monde. De même,
il y a deux Églises : la leur, la bonne, et la romaine, la mauvaise, celle de Satan. Ils ne reconnaissent
ni les sacrements, ni la valeur de Marie, ni la réalité de la mort du Christ. Ils ne reconnaissent pas
non plus l’eucharistie et la présence réelle, Dieu ne pouvant à leurs yeux prendre forme dans un
objet aussi vulgaire. Ils rejettent la confession parce que les prêtres sont impurs, donc ils ne peuvent
enlever les péchés. S’ils lisent l’Evangile en langue vulgaire, ils n’accordent pas la même valeur à
l’Ancien et au Nouveau Testament : l’Ancien fut écrit par le dieu mauvais, le Nouveau par le dieu
bon (2). Ne subsiste dans leur rite qu’un acte proche du baptême, le consolamentum, administré si
possible avant la mort, et qui efface les péchés de ce monde. La chair est mauvaise et l’oeuvre de la
chair qui la perpétue condamnable. La chair est l’oeuvre du Diable, et l’âme étant solidaire de la
chair, elle meurt avec le corps, il n’y a donc pas de résurrection possible. En revanche, l’esprit ayant
été créé par le Dieu bon, il ne meurt pas, mais peut entrer dans un autre corps, animal ou humain,
c’est la métempsycose. L’esprit erre ainsi de corps en corps jusqu’à ce qu’il entre dans le corps d’un
pur pour pouvoir alors, à sa mort, monter au ciel.